PREFACE
C'est la fête du village, à Pucon. Il y a plus de touristes que de locaux, ça ne nous intéresse pas et nous retournons a notre petit camping. Comme vous pouvez l'imaginer, rien de bien fabuleux par ici, si ce n'est .... un lac et un volcan comme le dessinerait un enfant.
Petit visite à l'office du tourisme et nous voila parti pour un grand tour dans l'enceinte du parc national du volcan Villarica, nos gros sacs emplis de nourriture pour la semaine à venir.
CHAPITRE I
Nous arrivons à l'entrée du parc national en stop (pas de bus). Au premier carrefour, on a bien eu peur que les chiliens ne daignent pas s'arrêter, même pas pour les petites grand-mères, une fleur à la main. La deuxième voiture qui nous prend est on-ne-peut-plus carambolesque. C'est une famille de chiliens vivant en Hollande et en visite dans la région des Lacs. Nous sommes invités à leur petite pause empanadas y vino, avec un panorama spectaculaire. Un chilien, même émigré, n'oublie jamais le "once".
Equipé d'un 4x4, cette fois-ci indispensable vu l'état du chemin et le dénivelé. Presque une heure de route pour arriver à mi-hauteur du volcan, sur son flanc. Il est là, immense ; et le vent aussi, glacial. Un abrazo à nos compagnons de route : " Buen Viaje !!!!" crient-ils face aux bourrasques de vent.
C'est parti ! Nous n'avons pas tellement de temps devant nous : il doit être 4 ou 5 heure de l'après-midi et nous voila enfin sur le sentier qui contourne le volcan. Pour le restant de la journée, il s'est couvert d'un manteau de nuage. On ne le verra plus avant le lendemain. Nous installons la tente au détour de d'une coulée de lave et au coin d'un petit bosquet.
Ces coulées de lave... Si impressionnantes ! Non pas tellement pour leur ampleur, ni pour leur couleur si sombre, mais plutôt parce qu'on se les imagine couler, rouge de feu, glisser vers le bas...En voyant ces anciennes coulées ou les ravines creusées par des torrents d'eaux violentes, on s'imagine l'éruption volcanique. Brrrrrrrr!! Et ça vous donne un grand frisson dans le dos !
J'avoue ne pas être très rassurée dans ce campement de fortune, juste au dessus d'un glacier et entre deux anciennes coulées. Que se passerait-il si une éruption venait à s'enclencher ? Des torrents d'eaux du glacier, fondu en l'espace quelques minutes nous emporteraient bien loin...
CHAPITRE II
Toute la nuit, il pleut. On se tient chaud tant bien que mal entre sacs de couchage, couvertures de laine et de survie et corps grelottants. On craint de devoir rester sur place le lendemain, de crainte qu'une pluie trop forte entraîne des éboulements.
Dès les premiers rayons de soleil, nous faisons traîner le moment de sortir de la tente, tant le verdict pourrait compromettre toute notre ballade. Mais il faut sortir! Je m'équipe comme si je sortais dans le grand nord, mais une fois le nez dehors, surprise! Un ciel éclatant étincelle au sommet du volcan.
Bien courageuse cette demoiselle! Encore blotti dans mon sac de couchage et pour le moins frigorifié par la nuit passée, a été la pensé d'un loir paresseux au réveil. Bon, s'il fait beau, je prends ma chair de poule à deux mains, deux pantalons, survet, pull, bonnet...prêt pour le petit déj. A la sortie de la tente, je vois ma belle tout aussi emmitouflée que moi, et le volcan plus beau que jamais dans ce soleil matinal, nu comme un ver, avec juste son petit panache de fumerolles sur le dessus. On pli le camps, on se charge de nos fardeaux et on continu notre route au milieu des scories noires et rouges brique. On passe des coulées de laves, des ravines, on pèse une tonne...
Jusque là, le chemin était à peu près indiqué (piquets jaunes), et on s'est rendu compte, et ce n'est que le début, du côté un peu hasardeux de la promenade.
Cette ravine était si profonde, les eaux du glacier l'avaient érodé au point que le chemin fût impossible, alors petit détour à rallonge, mais profitable puisqu'on est tombé sur une petite source au fond du lit, de quoi faire quelques provisions. Le chemin retrouvé de l'autre côté, la route se poursuit...
Mais plus aucun piquet jaune ne signalise le chemin. Nous sommes sur un chemin, certes, mais plus rien n'indique que c'est le bon. Alors on se met à penser à des milliers de raisons: c'est juste un détour mais ça va retourner sur le sentier jaune ou s'est sûrement l'Office du Tourisme de Pucon qui fait croire que ce bout de chemin est dégagé par
la CONAF
(Office des Forêts) mais en fait le sentier appartient à un privé...Puis on se met à penser à des milliers de solutions : si on regarde bien la carte, on ne peut pas se tromper et on retombera sur le sentier, ou, dès que l'on arrive à une autre ravine, on en profite pour la longer jusqu'à trouver un piquet jaune, ou un autre chemin. Mais on rien trouver de la journée. Au début, j'ai beaucoup douté, puis j'étais confiante, persuadée qu'on allait retomber sur nos pattes. Je suis mon homme qui me donne tout le courage dont j'ai besoin pour affronter les douleurs lancinantes que provoque le sac à dos.
Malgré la boussole, la carte, et quelques repères géographiques, rien à faire. Soit tout ce que j'ai cité précédemment est merdique ou faux, soit c'est celui qui s'en sert (moi pour l'occasion) qui déconne totalement, à preuve du contraire. Moralité de la journée : Ne pas trop insister dans son erreur ! Retour sur nos pas avec le moral dans les chaussettes jusqu'à un petit coin pénard dans la forêt d'araucarias, avec une bonne soupette, un bon feu et un bon moment de repos. La forêt sauvage nous ramène au calme. Des oiseaux font des bruits bizarres, certains aboient comme des caniches, et d'autres ont un rire frénétique dès que l'on dit : " Oh! Si tes plumes se rapportent aux branches piquantes de l'araucarias..."
La nuit tombe, le feu s'éteint, les fumantes finissent de fumer, le ciel s'est dégagé suffisamment pour laisser paraître au travers des troncs le sommet du volcan, qui lui, n'en finit pas de fumer. La lune presque pleine s'est levée derrière lui, nous sommes allés nous coucher.
CHAPITRE III
Une nuit encore froide et encore une belle surprise au réveil : au cours du déjeuner, on entend des meuglements se rapprocher. Et nous voici face à un taurillon, plutôt surpris de nous croiser et pas content du tout ! Avec les talents de torero de Vincent, voilà la bête qui s'allonge et qui se met à ruminer en nous surveillant du coin de l'oeil, pendant que nous remontons la tente dans la hâte.
" Si jamais il te course, tu pars en courant d'un côté et moi je partirais de l’autre. " mmmmh... Ce n'est pas pour me rassurer. Vivement que l'on quitte le camp et que l'on retrouve enfin notre chemin jaune.
On rembobine la fausse route d'hier. Sacré poteau jaune ! Pour ne pas dire Sacré pot aux roses... Et on découvre que si nous avions ouverts nos yeux un peu plus grands, nous aurions vu une grande flèche blanche peinte sur la roche, nous indiquant de remonter dans la coulée. Avant tout ca, nous posons les sacs et direction le dernier point d'eau que nous avions croisé sur notre chemin, munis de tous nos récipients. AHH ce bonheur !!! De l'eau et à foison ! De la fraîche pour boire et de la tiède dans de petites gouilles, de quoi se désaltérer et se laver, ce n’est pas du luxe ! Il faut croire que notre nudité attire les foules; dès que nous sommes nus les gens rappliquent. Peut être un hasard, en tous cas, c'est flatteur. Puis nous continuons notre route, ralentis par les scories et un sacré poids de réserve d'eau. C'est lunaire, ou martien. Et juste au dessus, c'est de la forêt et ses petits laguinos.
La forêt est encore devant nous pour plusieurs heures de calvaire de portage de sacs. Mais d'émerveillement au milieu de ces arbres gigantesques (araucarias toujours) où coulent des lichens verts pâles, comme des barbes le long des branches et des troncs. Mystique.... Puis arrive le moment de trouver un endroit pour poser le campement. Oups ! Une rivière ! Vincent aurait-il porté ces 5 litres d'eau pour rien ? " Nan mon ptit chéri, tu vois bien que cette eau là a l'air moins bonne ! On a bien fait de porter cette bonne eau toute la journée"
Enfin, nous arrivons sur le plateau. Et là...Je ne sais pas comment dire... Il y aurait des photos, je vous aurait montré la beauté de cet endroit. Mais un appareil photo ne pourrait reproduire cette splendeur à 360·. Alors faites fonctionner un peu votre imagination : derrière vous toujours le volcan et le glacier, avec à côté de lui un volcan plus petit couleur rouge sang; la lune ce lève entre ces 2 seins ; et face à vous un coucher de soleil rouge sur les montagnes à perte de vue.
CHAPITRE IV
Cette nuit là, le vent a soufflé très fort. Des bourrasques de montagnes, qui prennent de la vitesse le long de ses flancs. La nuit fut malgré tout des plus reposantes, bienvenue à l'"hôtel de la vallée du feu". Heureusement pour nous, car la journée qui suivit fut harassante. On a marché sur la lune. Un sol de cailloux noirs à perte de vue, une chaleur à repousser tout animal à vivre en ces lieux. Une fois passé une première coulée de lave gigantesques (il faut compter une heure pour en traverser une), une suivante nous attend à la sortie, puis une autre, puis une autre...Nos vêtements sont trempés de sueur, mais une rage soudaine et une furieuse envie d'en finir avec ce lieu d'enfer nous pousse à avancer. On a marché sur la lune et découvert qu'il est inutile d'espérer y implanter de la vie. Notre cher Barjavel serait-il lui aussi passé par ces coulées de lave avant d'écrire son " Colomb de la lune".
Marcher en ces lieux revient à espérer de croiser un endroit plus propice à la vie, c'est à dire là où de l'eau coule, au détour d'une ravine. Cette eau claire et fraîche qui descend du glacier, ou des neiges du sommet, cette eau que l'on boit à grosses gorgées, cette eau où l'on plonge la tête et où on y plongerait le corps tout entier si elle n'était pas si glacée. Cette eau si rafraîchissante qu'elle te donne le courage d'affronter de nouveau les étendues hostiles, mais pourtant si belles.
Il y a toujours le maître volcan qui nous domine et nous zigzaguons entre ses rejetons de scories rouges, semblables à de petits volcans. Les heures de marche passe, le soleil suit sa route, et nous gardons espoir de trouver un endroit propice pour la nuit ne serait-ce qu’un arbre ou deux. Passé un col, l’horizon s’ouvre enfin et nous apercevons l’Argentine, avec en face de nous, un volcan semblable au notre, mais deux fois plus haut. Imaginez un cône parfait aussi grand que notre Mont Blanc, là devant vous.
Le soleil est sur le point de se coucher, et nous arrivons dans un bosquet d’araucarias. Enfin du vert !! Durant toute cette journée, notre volcan nous a fait du souci, des nuages énormes sortaient de son sommet, était-ce une mise en garde ou seulement un hoquet ?
Tout en préparant une bonne popotte sur un feu bien contrôlé (on va pas faire brûler le Parc National !), voici notre amie la lune qui apparaît voilée derrière ….l’ombre de notre Terre. Oui, nous avons assisté à une éclipse de lune. La chance est avec nous et nous regardons se dévoiler peu à peu cette belle sphère blanche.
CHAPITRE V
La suite de cette marche est un lent retour à la réalité de la vie des hommes. C’est d’abord la rencontre avec une gringuette, alors que je suis en train de me laver dans une rivière (décidemment…) puis les chemins forestiers, puis un 4x4, puis des motards rouges de piquette… Nous passons notre dernière nuit dans un camping, un peu mélancoliques.
EPILOGUE
Le lendemain on sort du parc. On marche encore pas loin de 10 bornes. On est fatigués, on sent la nature (ça se passe de commentaires)…. Une voiture finit par nous prendre en stop, soulagés. On jette nos battons de marche, nos sacs et nous même dans le pick-up. C’est un petit couple de jeunes de Santiago qui partent en vacances e Argentine. Une chance pour nous, le bled où l’on se rend est sur leur route.
Nous voilà enfin à Currarehue après 6 jours de marche.