Le désir de rencontrer la jungle nous a poussé plus loin que l’on pouvait l’imaginer. Cette destination mythique que représente l’Amazonie ne peut être atteinte qu’en écoutant son coeur. Peut-être revenir à cet état instinctif qui lui seul est apte à te guider. Un univers uni de vert, un concentré de nature, un monde dans un monde.
Quand nous sommes partis de
Notre vieux bus a fini par s’ébranler avec quelques temps de retard. Tout s’est bien passé, juste quelques ralentissements laissant le temps aux échoppes de bords de route de nous vendre à la sauvette leur maïs, leur poulet frit ou multiples sodas.
Une fois passée cette barricade, et le ventre rassasié, nous entamons notre descente vers le désert vert, qui durera les 18 heures de voyage. Le plus impressionant fut la première heure, où nous avons fait un dénivelé de plus de 3 000 mètres; je le rappelle : non à ski mais en bus. Une descente vertigineuse, sinueuse, à flan de montagne , avec en bas, une petite rivière, qui s’avèrera plutôt grande à notre arrivée au fond. C’est dans ces moments que subsiste une seule chose en vous : la confiance aveugle en la mécanique, notamment pour ces deux paires de freins, solicités non-stop, mais pour lesquelles un bus entier espère !
Après une nuit pour le moins difficile, car sur la piste chaotique le sommeil reste léger, nous arrivons enfin à Rurrenabaque, petit patelin perdu au milieu de la forêt, se situant au bord du fleuve Beni.
Ayant repris un peu nos esprits en profitant d’une nuit d’auberge, nous partons en quête d’un petit village, voir d’un endroit à l’orée de la forêt Amazonienne. Un vieil homme aux yeux bleus (pas banal pour le coin), fiché d’une poule sous le bras, nous indique Buen Retiro, de l’autre côté du fleuve. Pasage en barque , puis petit bout de route en moto-taxi, nous y voilà. De là, 1h30 de marche, chargés comme des mules, direction la montagne, où l’on a fini par tomber sur un campement de travailleurs, avec Gilberto pour nous accueillir.
Nous sommes entrés dans l’antre de Don Lucho Alipa, un homme très très imbu de lui-même, exploiteur de bois sans scrupules et politicien corrompu, et peut être un des plus riches hommes de la région. Ces
La conversation avec lui est indubitablement à un seul sens, et il s’offusque, en bon macho qu’il est, qu’une femme puisse parler politique economique. Mais, nous n’avons croisé cet homme que rapidement, trois ou quatre fois, préférant discuter avec son employé Gilberto.
Mais revenons-en à notre découverte !
L’Amazonie, ou plutôt ce que l’on pourrait le plus logiquement du monde qualifier de « Royaume des Insectes », car à peine arrivés dans ce petit coin de paradis, on comprend que c’est Eux les maîtres ici. A chaque instant on découvre une nouvelle merveille de ce Royaume.
Les fourmis, d’abord, de toutes sortes. Des grandes comme une phallange. Nous n’en croisons qu’une seule à la fois et on soupire en espérant ne jamais croiser une fourmillère avec deshabitants de cette taille.
Les célèbres fourmis-feuilles aussi, ou zoologiquement parlant les fournis-parasols : une file indienne de ces petits individus qui portent verticalement un bout de feuille vert fluo cinquante fois plus grand qu’elle.
Nous avons également assisté à une scène de grande importance : une fourmillère effectuant un transfert d’oeufs. Pour une telle opération, il faut déployer le maximum de sécurité. De chaque cotés, une barricade de fourmis en position d’attaque ; certaines montant sur une de leur compatriote afin d’être plus haut et de pouvoir surveiller de plus loin ; d’autres juchées sur leurs pattes arrières, antennes dressées vers l’avant, prêtes à attaquer ; et parfois même, se créé un véritable tunnel qui fortifie le convoi des nourrices affairées transbahutant un petit oeuf blanc chacune. L’observation de l’opération est absolument fascinante. On devrait charger ces fourmis de faire les convoi d’argent, elles le feraient sûrement mieux que les fourgons de
Il y a aussi des fourmis oranges qui butinent comme des papillons.
Mais les papillons, parlons-en ! Où que vous soyez, à chaque fois que vous tournez la tête, vous en apercevez un. Et ils sont tous plus magnifiques les uns que les autres, arborant leurs couleurs chatoyantes : des violets « rêve de nuit », des « couleur soleil », des « rouge désir » ou des « révolution orange ». Il arrive parfois d’en coirser un grand comme une assiette, bleu et noir, qui vole tel une feuille de papier emporté par le vent.
« Il y a des tarentules ici », nous affirme Gilberto, un soir autour de la bougie.
Je le regarde avec de grands yeux effrayés, un peu pour le faire rire de ma crédulité, et surtout par peur soudaine.
« Tu t’es déjà fait piquer toi ? »
- « Une fois. En plein jour. Quand je défrichais ce coin-là », dit-il en désignant le côté gauche de l’abri.
- « Je croyais qu’elles ne sortaient que la nuit ? »
Il me répond par l’affirmative...Et pourtant...il s’est fait piquer en plein jour...
En voyant mes yeux affolés, il continue de son ton toujours calme :
« Oui, mais la piqure se soigne. Avec des feuilles. »
« Ah ! Bonne nouvelle », pensais-je en moi-même. Enfin, deja faut-il savoir quelle plante utiliser, et soigner à temps...
« C’est pour cela qu’il faut bien allumer les lampes de poche la nuit !, renchérit-il. « Ah !! » dis-je , en rien rassurée par ces dernières paroles avant d’aller nous coucher, surtout lorsque l’on sait que ces bestioles grosses comme ma main te sautent dessus ou tombent du rebord des toits.
Sur le coin de notre toit, d’autres araignées nous attendent, moins grosses certes,mais pas plus rassurantes. Elles sont au nombre de six, vertes et blanches sur le dos, de longues pattes de devant aux multiples crochets, et l’on peut voir leur mandibules.
« Elles piquent aussi celles-là, mais seulement si tu leur marche dessus » me rappelais-je les paroles de notre mentor Gilberto.
Bon ! Et bien je recharge bien ma lanpe de poche afin de pouvoir voir où je mets les pieds, et si rien ne me sautera dessus.
Mais il y aussi cette araignée minuscule qui tisse sa toile au milieu des chemins, et dont la toile au contact des yeux, peut rendre aveugle.
Mais, en fin de compte, l’araignée n’est pas ma pire ennemie dans ce bas monde hostile. Je pense à tout ces moustiques ou autres bestioles qui nous tournent autour toute la journée, me laissant la totalité de la surface de la peau boursouflée par les boutons. Tu as beau en écraser un de temps en temps pour l’exemple, il ne pass epas e message aux autres. C’est incessant ! Une véritable nuée se forme dès que l’on s’arrête. La nuit est une véritable torture tant la démangeaison est forte.
Mais cela n’est encore rien face au dégout que peut provoquer une tique. Lors de balades en forêt, on ne se sépare pas de son couvre-chef, en se félicitant d’en avoir acheté un aux larges bords : ils nous permettent de ne pas attraper les tiques dans le cuir chevelu. Enfin, cela n’empèchera pas l’inspection mutuelle des corps afin de retirer les tiques qui ont réussi à s’infiltrer à travers les vêtements et commencé à sucer notre sang.
A travers ces lignes, vous constaterez donc que le terme de « Royaume des Insectes » n’est que peu dire. Et encore, je n’ai pas parlé des phasmes géants, scarabés bousiers, sauterelles, termites, chenilles et ces millers d’espèces d’insectes différents.
Tout cela pour vous dire que la forêt n’est pas un endroit où l’Homme est à son aise : il ne peut maîtriser cette densité qui l’entoure, sauf à coups de tronçonmneuse afin d’atténuer sa peur en détruisant. Lorsque je dis l’Homme, je crois que je parle plutôt de cet homme occidental que nous sommes, car Gilberto est la preuve vivante de l’existence d’hommes des bois. Le silence est sa parole. Par des phrases très courtes, il répondra. Et ce silence prend forme dans ses pas, ou lorsque même ses coups de machettes semblent imperceptibles à notre ouïe habituée aux décibels automobiles. Il impose le respect, Gilberto, et la contemplation silencieuse, mais je ne peux m’empêcher de lui poser les mille squestions qui me viennent à l’esprit. Le plus souvent, il rit de la naïveté de ces questions. Nous partageons nos dîners et c’est un vrai plaisir que de passer ces instants emplis de mystères.
Un petit thé de feuilles de coca, histoire de garder la forme en toutes circonstances.
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